Journée d’études “Modalités et enjeux de l’inscription du spectateur dans les textes dramatiques” (juin 2004)
(XVIe-XXe siècles)
Dans sa Pratique du théâtre, l’abbé d’Aubignac, loin de considérer le texte dramatique comme une entité close et autonome, indépendante des conditions historiques de sa création, invite à prendre en compte la singularité dialogique et pragmatique du medium dramatique. Intitulant le sixième chapitre du premier livre de sa poétique: “Des spectateurs, et comment le poète les doit considérer”, il pose comme préalable la présence fantomatique de l’instance réceptive à l’esprit du dramaturge, alors même que celui-ci élabore sa fable et dispose son action: “J’entends parler des spectateurs à cause du poète et par rapport à lui seulement, pour lui faire connaître comment il les doit avoir en la pensée quand il travaille pour le théâtre”, explique-t-il, tout en préconisant simultanément que l’on ne s’adresse pas trop directement au public au cours du déploiement scénique et en déclarant : “Tout ce qui paraît affecté en faveur des spectateurs est vicieux”. Ces deux mouvements (prise en compte et dénégation symbolique) qui peuvent sembler contradictoires, procèdent en réalité d’un même désir: élaborer les conditions d’un spectacle et d’une illusion véritablement efficaces. En réduisant le spectateur au rang de présence subliminale, d’Aubignac pose les données d’un protocole esthétique foncièrement original et complexe. Il nous a donc semblé intéressant de nous interroger sur la mise en place, théorique aussi bien que textuelle, de ce dispositif et sur les stratégies de prise en compte du spectateur adoptées par les dramaturges, depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours.
Les angles d’approches sont multiples: on pourra s’intéresser, notamment, à l’évolution de la pensée du public dans les poétiques, où il peut apparaître non seulement comme une référence doxale déterminant l’élaboration des intrigues, mais aussi comme la cible d’un déploiement rhétorique, voire comme un interlocuteur critique ou ludique; on étudiera aussi les modalités dramaturgiques de la prise en compte du spectateur: ne se réduisant pas à la mise en abyme du processus spectaculaire, elles incluent les structures légitimées par une nécessité informative (monologues, apartés, exposition…) mais aussi tous les cas où les dramaturges jouent d’un décalage d’information entre personnages et spectateurs, instaurant ainsi une complicité entre l’auteur et le public. On sera également attentif aux cas où la réception est explicitement ou symboliquement programmée par la fable et aux significations de cette intégration de l’effet au sein même de la fiction qui établit un lien direct entre l’univers théâtral et l’espace réel. Enfin, on pourra s’intéresser, dans une perspective plus historique, aux représentations scéniques du spectateur: complice ou élément perturbateur, individualité ou élément d’un corps social, autant de figurations possibles qui disent le rapport qu’un temps entretient avec le théâtre comme entité non seulement esthétique mais aussi sociale.
Organisation: Laurence Marie et Sophie Marchand
Programme
Journée d’étude de doctorants
mardi 22 juin, en Sorbonne, amphithéâtre Milne-Edwards
Modalités et enjeux de l’inscription du spectateur dans les textes dramatiques
(XVIe-XXe siècles)
9 h 30: Ouverture de la journée d’étude.
9 h 40. Table ronde sur la place du spectateur dans la doctrine classique: modérateur: Georges FORESTIER. Participantes: Sandrine BLONDET, Raluca BRAN, Alexandra LICHA, Lise MICHEL, Clotilde THOURET.
10 h 40. Discussion
11 h. Pause
président de séance:Mariane BURY
11 h 15. Zoé SCHWEITZER: Médée, le spectateur de la violence.
11 h 35. Anne TEULADE: La réception de l’effet théâtral mise en spectacle dans deux pièces de Desfontaines.
11 h 55. Sylvain LEDDA: Le spectateur romantique: goût et dégoût du sang.
12 h 15. Discussion.
***
président de séance: Pierre FRANTZ
14 h. Laurence MARIE: Jeux avec le quatrième mur dans Macbeth et Hamlet de Ducis.
14 h 20. Sophie MARCHAND: Sur la scène comme au parterre: relais fictionnels de la réception dans la dramaturgie pathétique des Lumières.
14 h 40. Discussion
15 h. Pause
président de séance:Bernard FRANCO
15 h 15. Hélène BEAUCHAMP: L’intégration du spectateur au jeu des marionnettes: du modèle populaire au théâtre savant du début du XXe siècle.
15 h 35. Nicolas DOUTEY: La question du spectateur: Eleutheria de Samuel Beckett.
15 h 55. Discussion
16 h 15. Pause
16 h 30. Table ronde sur le spectateur comme horizon de la création dramatique: problèmes de réception. Modérateur: Denis GUÉNOUN. Participants: Marcel BAK, Carine BARBAFIERI, Claire CHAPUIS-JOURNIAC, Raphaèle FLEURY, Karima OUADIA.
17 h 30. Discussion.
Participants
Marcel BAK (mbak@wanadoo.fr) prépare un doctorat sur l’évolution de la critique cornélienne de la fin de l’âge classique jusqu’au début du XXe siècle, sous la direction de Georges Forestier. Il parlera de la fortune de l’œuvre de Corneille au XVIIe siècle et des variations qui se font jour dans la réception du modèle idéologique cornélien.
Carine BARBAFIERI (cbarbafieri@aol.com) est l’auteur d’une thèse intitulée Atrée et Céladon, la galanterie dans le théâtre tragique de la France classique (1634-1702) soutenue en 2003 à l’Université Paris IV sous la direction de Georges Forestier. Elle est actuellement ATER à l’université d’Angers. Elle parlera de la place du spectateur dans les écrits théoriques de Saint-Evremond.
Hélène BEAUCHAMP (Lnbeau@aol.com) prépare une thèse de littérature comparée sur les écritures pour marionnettes entre 1890 et 1935 en France, Espagne et Belgique, sous la direction de François Lecercle. Elle est Allocataire-monitrice à l’université Paris IV.
Sandrine BLONDET (sblondet@libertysurf.fr) prépare une thèse sur la concurrence des différents théâtres parisiens au XVIIe siècle, sous la direction de Georges Forestier. Elle parlera des mises en scène dramatiques des querelles théâtrales et plus particulièrement de la pratique moliéresque.
Raluca BRAN (bran@clipper.ens.fr) termine une thèse sur la poétique et la rhétorique de l’irrationnel dans le théâtre français du XVIIe siècle, sous la direction de Georges Forestier. Elle s’interrogera sur la prise en compte du spectateur dans les récits de songes et d’oracles.
Claire CHAPUIS-JOURNIAC (claire.chapuis-journiac@club-internet.fr) prépare un DEA sous la direction de Pierre Frantz. Elle s’intéresse au théâtre qui n’est pas voué à la représentation, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Elle s’interrogera sur la place du spectateur dans le “théâtre à lire”.
Nicolas DOUTEY (Zapatou@aol.fr) est inscrit en DEA sous la direction de Denis Guénoun. Il travaille sur les théâtres de Beckett et de Jon Fosse.
Raphaèle FLEURY (raphaele.fleury@tele2.fr) prépare une thèse sur les influences du spectacle populaire sur le théâtre de Paul Claudel, sous la direction de Denis Guénoun. Elle parlera de la conception claudélienne du spectateur.
Sylvain LEDDA (sy.ledda-venderger@voilà.fr) termine une thèse consacrée à la représentation de la mort sur la scène romantique. Professeur de théâtre, il a participé aux activités du CRHT en présentant, en décembre 2003, une lecture spectacle «Rachel-Musset».
Alexandra LICHA (alexlicha@yahoo.fr) termine une thèse sur la vertu de l’héroïne tragique dans le théâtre français de 1553 à 1653, sous la direction de Georges Forestier. Elle s’intéressera aux sentences dans le théâtre classique français et à leur relation avec le spectateur.
Sophie MARCHAND (marchand.soph@wanadoo.fr) a soutenu une thèse sur les rapports entre théâtre et pathétique et sur l’esthétique de l’effet au XVIIIe siècle, préparée sous la direction de Jean Dagen. Elle est ATER à l’université Paris IV.
Laurence MARIE (laurencemarie@hotmail.com) prépare une thèse de littérature comparée sous la direction de François Lecercle, sur les rapports théâtre-peinture et l’acteur shakespearien, en France, en Angleterre et en Allemagne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle est actuellement Allocataire-monitrice à l’université Paris IV.
Lise MICHEL (lisemichel@mageos.com) prépare une thèse sous la direction de Georges Forestier sur la question des rapports entre tragédie et politique au XVIIe siècle. Elle est actuellement ATER à l’université d’Arras. Elle parlera de l’opinion du spectateur dans le jugement de vraisemblance dramatique.
Karima OUADIA (kouadia@noos.fr) prépare une thèse sur le théâtre d’Albert Camus sous la direction de Denis Guénoun. Elle s’intéressera à la figuration du public dans l’œuvre dramatique d’Albert Camus.
Zoé SCHWEITZER (zoeschweitzer@hotmail.com) prépare une thèse de littérature comparée sous la direction de François Lecercle et s’intéresse à la violence et à Médée au théâtre, du XVIe au XVIIIe siècles. Elle est Allocataire-monitrice à l’université Paris IV.
Anne TEULADE (ateulade@hotmail.com) a soutenu, sous la direction de Jean-Louis Backès, une thèse consacrée au théâtre hagiographique en France et en Espagne au XVIIe siècle. Elle est actuellement ATER à l’université de Nice.
Clotilde THOURET (clotilde.thouret@worldonline.fr) prépare, sous la direction de François Lecercle une thèse de littérature comparée sur le monologue dans le théâtre européen, de 1580 à 1640. Elle est ATER à l’université Paris VII.
- Première table ronde: la place du spectateur dans la doctrine classique (modérateur : Georges Forestier)
- Zoé Schweitzer, Médée, le spectateur de la violence.
- Anne Teulade, La réception de l'effet théâtral mise en spectacle dans deux pièces de Desfontaines.
- Laurence Marie, Jeux avec le quatrième mur : Hamlet (1769), Le Roi Léar (1783) et Macbeth (1784) de Ducis
- Sophie Marchand, Sur la scène comme au parterre : relais fictionnels de la réception dans la dramaturgie pathétique des Lumières
- Hélène Beauchamp, L’intégration du spectateur au jeu des marionnettes : pour un théâtre ludique et critique
- Nicolas Doutey, La question du spectateur : Eleutharia de Samuel Beckett
- Deuxième table ronde: Le spectateur comme horizon de la création dramatique: problèmes de réception (modérateur: Denis Guénoun)
